860 millions d’euros contre 25 : c’est l’écart de budget entre le Paris Saint-Germain et l’Angers SCO, deux clubs pourtant censés s’affronter à armes égales en Ligue 1. Derrière ce grand écart financier se dessine une autre fracture. La répartition géographique des clubs d‘élite français sur une carte correspond trait pour trait à celle des inégalités territoriales de notre territoire.
Tracez une diagonale de la Meuse aux Landes, en traversant le Massif central : vous obtenez la fameuse « diagonale du vide », cette France rurale en déclin démographique. Plantez maintenant une épingle pour chaque club de Ligue 1 et vous rendrez visible cette inégalité.
Les dix-huit équipes de l’élite se regroupent là où la France est dense et urbaine. D’abord sur les façades maritimes avec Brest, Le Havre, Nantes, Marseille, Nice, Monaco. Ensuite dans les grandes métropoles frontalières telles que Lille et Strasbourg. Et enfin, en Île-de-France, où le PSG règne sans partage. Le centre du pays, lui, est un désert footballistique.
Ce n’est pas un hasard. Un club professionnel a besoin d’un bassin de population non seulement pour remplir ses tribunes mais surtout pour attirer les sponsors locaux, qui sont le véritable poumon économique. Sans métropole, pas de tissu entrepreneurial dense et par conséquent, pas de Ligue 1.
Le budget des club, miroir du territoire
La hiérarchie des budgets confirme cette logique territoriale. Au sommet, le PSG et ses 860 millions d’euros, la puissance financière de la capitale faite club. Derrière, à distance respectable, Lyon (240 M€) et Marseille (275 M€), les deux autres grandes métropoles françaises.
Ensuite, le peloton s’étire : Nice et Monaco profitent de la Côte d’Azur et de ses fortunes, Lille et Rennes de leur dynamisme régional. En queue de classement, Angers (25 M€), Le Havre (30 M€) et Auxerre (33 M€) doivent composer avec des moyens jusqu’à trente fois inférieurs à ceux du leader.
Auxerre, le « village gaulois » résiste et fait figure d’anomalie. Le club bourguignon est l’un des rares à maintenir une présence dans l’élite depuis un département, l’Yonne, où la densité de population plafonne à 45 habitants au kilomètre carré. Un héritage de l’ère Guy Roux, bâti sur la formation et l’ancrage local, qui ressemble de plus en plus à une exception vouée à disparaître.
En trente ans, le fossé entre clubs de métropoles et clubs de villes moyennes n’a cessé de se creuser. Les premiers captent les droits TV, les investisseurs étrangers et les joueurs bankables. Les seconds bricolent, forment des joueurs qu’ils revendent et finissent souvent par décrocher de la ligue 1. Sedan, Sochaux et peut être bientôt Auxerre, la liste des clubs historiques relégués en ligue 2 s’allonge au fil des saisons.